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mardi 7 septembre 2010
Des églantiers et des roses
par Marie-France Tarbouriech
Dossier de l’environnement de l’INRA, n°21 fait par le Conservatoire botanique national alpin, Domaine de Charance, 05000 Gap
Le genre Rosa est attesté dès l’oligocène (il y a 35 à 40 millions d’années) grâce à des fossiles d’une espèce proche de Rosa nutkana trouvés dans l’Oregon (États-Unis). Il se peut que le genre Rosa soit apparu plus tôt, mais comme il pousse sur des sols plutôt secs, les conditions de fossilisation sont difficiles à réunir. Le genre Rosa s’est répandu sur l’ensemble de l’hémisphère Nord de notre planète. Les espèces que l’on trouve sur l’hémisphère Sud (Rose musquée du Chili, par exemple) s’y sont naturalisées après introduction par les hommes. Il semble que la rose ait accompagné l’homme tout au long de son histoire et de sa préhistoire. Pline mentionne dans son Histoire Naturelle des roses à cent feuilles (cent pétales) que l’on trouvait en Campanie, les roses de Milet d’un rouge très vif et qui n’ont pas plus de douze pétales (sûrement Rosa gallica L.) et celle de Carie qui ont les « feuilles » (pétales) blanchâtres (sûrement Rosa x alba L.) ; il parle aussi de roses sans parfum dont la description fait penser aux roses Trémières ou à l’Hibiscus et qui n’ont rien à voir avec notre sujet. Domestication La domestication des plantes a commencé avec les céréales et s’est poursuivie avec celle d’espèces légumières, à partir de plantes choisies dans le milieu naturel : orge avec épis fournis, choux à feuilles plus développées que d’autres... Par la culture, ces végétaux soustraits à la concurrence des autres plantes ont pu exprimer tout leur potentiel végétatif. La culture des plantes ornementales est sûrement arrivée plus tard avec le développement des civilisations, les jardins, l’architecture... Il est d’ailleurs probable que la rose ait d’abord été cultivée comme plante médicinale ou condimentaire. Homère parle d’« huile rosat » utilisée lors du siège de Troie ; Pline insiste sur son utilité : « On la met dans les emplâtres et les collyres à cause de sa vertu subtile et pénétrante. Elle sert aussi pour les délices de la table ». On peut imaginer que des « jardiniers », se promenant dans la nature, aient eu leur attention attirée par quelques plants de roses sauvages particulièrement belles et les aient amenés dans leur jardin à des fins ornementales. Nous avons observé que des plants de Rosa gallica L. espèce sauvage à 5 pétales, transplantés dans un bon sol fertile, manifestaient spontanément une duplicature de la corolle et passaient à 10-15 pétales.
Tableau I. Le genre Rosa SECTION et espèces
Les 10 sections de rosiers botaniques Rosa a donné son nom à la famille des Rosacées (5 pétales, 5 sépales) qui comprend également de nombreuses espèces fruitières (genres Prunus, Malus, Pyrus, Rubus…). Le genre Rosa a été divisé en 10 sections (Redher, 1949) comprenant 126 espèces (tab. I). La section des Caninae ou roses des chiens, regroupe les espèces d’églantiers bien connues de nos bords de chemins, friches... Leurs fleurs sont roses ou blanches, leurs feuilles à 5 ou 7 folioles, leurs aiguillons sont généralement gros, recourbés, rarement droits... Les feuilles peuvent être velues (R. villosa, que l’on trouve plutôt en altitude) ou glanduleuse (R. rubiginosa, R. agrestis que l’on trouve plutôt en zone méditerranéenne). La génétique des Caninae est très particulière. Les espèces possèdent un nombre impair de chromosomes (5 n) et donnent un pollen à n chromosomes et des ovaires à 4 n (n = 7 chromosomes de base) ; les croisements interspécifiques semblent assez fréquents et sont possibles grâce au pollen haploïde. Étudions quelques espèces. Rosa canina L. est le plus connu ; également appelé « gratte-cul », ses racines étaient censées guérir de la rage ; mon grand-père, agriculteur, utilisait la décoction de racines comme remède efficace contre la diarrhée (usage médicinal et vétérinaire). Rosa canina signifie, en latin, rose des chiens, de même en grec, cynorrhodon, le fruit des rosiers. Rosa rubiginosa très épineux, aux aiguillons crochus, a des glandes sous les feuilles ; lorsqu’on froisse celles-ci, elles répandent une odeur de pomme verte ; ce rosier a été utilisé par les colons hispaniques pour clôturer leurs terrains au Chili ou au Pérou, à la suite de quoi l’espèce s’est naturalisée. Depuis une dizaine d’années, l’huile de rose musquée du Chili (extraite des akènes de Rosa rubiginosa) est largement utilisée en Europe dans les cosmétiques du fait de ses propriétés sur la régénération de l’épiderme. La section des Gallicanae, ou roses galliques, a pour espèce type Rosa gallica L., la Rose de France, l’ancêtre des roses cultivées, le « parent sauvage » qui à ce titre intéresse les généticiens, les responsables de la gestion des ressources génétiques... Plante des haies et des lisières, elle est menacée par le remembrement, l’élargissement des voies de communication... ; c’est la seule espèce du genre Rosa bénéficiant de mesures de protection par la loi (arrêté ministériel du 20.01.82 - Annexe II). Rosa gallica L. sauvage a 5 pétales, un léger parfum, des aiguillons d’inégales tailles, droits ; c’est une espèce qui drageonne facilement. Lorsqu’on la cultive dans un jardin botanique, en absence de compétition, sa corolle passe facilement à 10 pétales, il y a duplicature des pétales. Ce phénomène lié sûrement à une rapidité de croissance, combiné à des mutations, est à l’origine de l’apparition de corolles doubles ou pleines. C’est sûrement une des premières plantes ornementales domestiquées. Sur le plan chromosomique, Rosa gallica est tétraploïde. L’étude des hybrides de Rosa gallica (4 n) par Rosa arvensis (2 n) montre que la pollinisation pourrait être du même type que celle de Rosa canina, du pollen à n chromosomes et des ovaires à 3 n. En effet, plusieurs hybrides morphologiquement assez proches présentent des caractères intermédiaires (corolle rose et styles en colonne, port plutôt étalé…). Certains de ces hybrides étaient à 2 n, d’autres à 4 n chromosomes (analyse par cytométrie de flux). Les analyses des marqueurs moléculaires montrent des tableaux où les hybrides à 2 n sont plutôt situés vers les groupes de R. arvensis et où les hybrides à 4 n sont plutôt situés vers les groupes de R. gallica. On n’a pas trouvé d’hybride à 3 n. Dans les jardins et collections, il existe des espèces botaniques telles R. x damascena L. (roses de Damas), R. x centifolia Mill. (les roses centifolia comprenant les roses mousseuses), R. x richardii Rehd. (donnée comme synonyme de Rosa sancta, mais les analyses génétiques semblent les différencier), R. x macrantha Desp. (connue sous le nom de Complicata), R. x alba L. et de nombreuses autres espèces hybrides. Rosa gallica officinalis Thory est la Rose des apothicaires, ou Rose de Provins, cultivée depuis l’Antiquité pour ses boutons utilisés en herboristerie comme astringent léger. La légende voudrait que ce soit Thibault IV de Champagne qui l’ait ramenée des croisades ; cette rose a fait la fortune de la ville de Provins. La section des Pimpinellifolia regroupe les rosiers dits à feuilles de pimprenelle parce que leurs feuilles à nombreux folioles (plus de 11) fait penser à celles de la pimprenelle. L’espèce type, Rosa pimpinellifolia L. est une espèce très ancienne ayant colonisé une grande amplitude de milieux des sables du littoral aux pelouses subalpines (c’est une des espèces qui montent le plus haut en altitude) ; elle possède des aiguillons droits, d’inégale taille et drageonne facilement comme R. gallica. Boulanger, naturaliste belge qui a travaillé sur l’herbier de Crépin, pense que l’hétéracanthie et le drageonnage sont des caractères ancestraux (il parle de caractères archaïques). D’autres espèces sont connues : Rosa foetida J. Herrm porte des fleurs d’un jaune très vif, très lumineux. Une de ces variétés à fleur pleine, Persian Yellow, a donné cette belle couleur jaune aux roses cultivées. Signalons également l’intérêt de Capucine bicolore (Rosa foetida f. bicolor (Jacq.) E. Willm) qui a des fleurs orange face supérieure des pétales, jaune cuivré face inférieure ; ce mutant de R. foetida J. Herrm. présente souvent des réversions avec tout ou partie de certaines fleurs qui redeviennent jaunes. Rosa omeiensis f. pteracantha (Franch.) Rehd & E. M. Wils., originaire des montagnes chinoises du Sichuan, présente sur ses jeunes rameaux de magnifiques aiguillons très larges, rouges et translucides. La section des Synstylae regroupe les espèces dont le pistil, au centre de la fleur, ressemble à une petite colonne (styles soudés), contrairement aux autres sections où le pistil est en forme de coussinet. Ce caractère est associé avec une tendance à faire de très longs rameaux (rosiers grimpants ou rampants). En France, les espèces de cette section sont Rosa arvensis Huds., ou rosier des champs à petites fleurs blanches, qui s’hybride facilement avec Rosa gallica L., et Rosa sempervirens L. ou rosier au feuillage toujours vert qui pousse dans les régions méridionales (il est sensible au gel). Deux espèces principales en provenance de l’Extrême-Orient, Rosa multiflora Thunb. et Rosa wichuraiana Crep. sont à l’origine de la plupart des variétés de rosiers grimpants de nos jardins. Dans la section des Cinnamonmeae ou rosiers cannelle (cinnamon en anglais), on trouve des espèces de types divers. Rosa pendulina L. (anciennement appelé Rosa alpina L.), ou rose des Alpes, est une espèce que l’on peut trouver dans nos montagnes, elle n’a pratiquement pas d’aiguillons ; les fruits allongés, rouge clair, pendent aux rameaux tels de petites bouteilles. Rosa rugosa Thunb., le rosier rugueux du Japon, est facilement reconnaissable à ses feuilles gaufrées. Pour pouvoir admirer ses gros fruits ronds globuleux à l’automne, il ne faut pas supprimer les fleurs fanées ; c’est une espèce très rustique supportant bien la sécheresse et de fortes concentrations de sel ; les dunes de la région d’Ostende (Belgique) sont fixées avec Rosa rugosa et, en Bourgogne où l’autoroute est très salée pour éviter les risques de verglas, c’est une des seules espèces à fleur qui arrive à pousser en bordure. Rosa acicularis Lindl. est la seule espèce de rosier à dépasser le cercle polaire. Les espèces de la section des Carolinae, espèces d’Amérique du Nord, diffèrent de celles de la précédente par la forme des fruits, habituellement globuleux, aplatis, avec les akènes insérés seulement au fond du réceptacle, feuillage souvent brillant ; à part ce caractère, les deux sections sont trèsproches. Citons Rosa palustris Marsh. qui se développe aussi bien dans les marécages que dans les sols sableux et Rosa virginiana Mill. ou rosier à feuilles luisantes (lucida). La section des Chinensis a une grande importance en horticulture ; quelques espèces trouvées en Extrême Orient et ramenées en Europe à la fin du XVIIIe siècle ont permis d’obtenir des variétés de roses remontantes, à floraison continue ou refleurissant en été. Auparavant, seul le Damas rose des quatre saisons refleurissait parfois en été. Rosa chinensis var. semperflorens (Curtis) Koehne, ou rosier du Bengale, a été beaucoup utilisé pour les croisements en vue d’obtenir des variétés remontantes, ainsi que Rosa x odorata (Andr.) Sweet, la rose Thé, elle-même hybride de chinensis et gigantea. R. chinensis f. mutabilis (Correv.) Rehd est un rosier dont les fleurs ont de magnifiques couleurs changeant de l’orange vif (bouton) au rose cuivré puis rose violacé en fanant. Chez le R. chinensis var. viridiflora Dipp., les pétales sont transformées en écailles foliacées vertes. Les trois sections restantes sont représentées chacune par une espèce et ses hybrides. La section des Banksianae a pour espèce-type Rosa banksiae Ait., connue par ses variétés à fleurs pleines blanches ou jaunes. Les rosiers Banks font de très longues tiges inermes pouvant atteindre 10 m ; on les trouve dans le Midi près des maisons de campagne ou dans les jardins de la Côte d’Azur. La section des Laevigatae, représentée par Rosa laevigata Michx, a des feuilles luisantes à trois folioles et a besoin d’un climat très doux pour se développer. Les grandes fleurs blanches pour R. laevigata, pourpres pour l’hybride R. x anemonoïdes Rehd. (R. laevigata x Rosa x odorata), leur confèrent des propriétés ornementales certaines, bien que la floraison soit de courte durée. La section des Bracteatae, espèce Rosa bracteata J.C. Wendl, a un feuillage persistant brillant et des fleurs blanches. Une variété, Maria Leonida, est assez rustique pour supporter un climat de moyenne montagne. A ces dix sections définies par Rehder, ajoutons deux sous-genres. Le sous-genre Plathyrhodon (Hurst) Rehder comporte une seule espèce, Rosa roxburghii Tratt., aux grandes fleurs blanc rosé et au réceptacle couvert d’aiguillons, donnant au fruit l’aspect d’une bogue de châtaigne, d’où le nom de Chesnut rose donné en anglais. Le sous-genre Hesperhodos Cockerell présente des fruits non charnus. L’espèce principale Rosa stellata Woot., découverte au Texas (États-Unis), a des feuilles à trois folioles élégamment découpés et des poils « étoilés » au stade juvénile. Il convient également de mentionner un genre voisin, autrefois classé dans le genre Rosa, le genre Hulthemia Dumort. L’espèce Hulthemia persica (Michx.) Bornm. a des fleurs jaunes ressemblant à des roses sauvages avec une tache marron à la base des pétales, mais aux feuilles simples. Le genre x Hulthemosa Juz. regroupe les hybrides entre les genres Rosa et Hulthemia. Est encore dans quelques collections l’espèce x Hulthemosa hardii (J.F.Cels) Rowley, hybride de Rosa clinophylla et d’Hulthemia persica.
Biodiversité, églantier, rosiers… Ce tour d’horizon montre la grande diversité qui existe au sein des rosiers, diversité qui a été largement utilisée en horticulture. Si la culture des roses galliques a dominé le monde méditerranéen jusqu’au XVIIIe siècle, permettant d’avoir des roses très fournies et parfumées, l’introduction de roses provenant de Chine a permis de prolonger leur floraison. Depuis 200 ans, les horticulteurs ont rivalisé d’imagination, sélectionnant des milliers de variétés de roses pour la fleur coupée ou pour les jardins, des miniatures pour petite potée ou des rosiers lianes pouvant fleurir un cèdre, de sages buissons de jardins ou des rosiers « paysages » demandant peu d’entretien, tout cela décliné dans une riche palette de couleurs excluant le bleu « pour l’instant ». Ainsi le genre Rosa montre une très grande biodiversité aussi bien sauvage que cultivée. Publié le vendredi 12 juin 2009
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