à la fin du XIXème siècle
Les cultures à Lyon
l’aventure de la rose Lyonnaise racontée par Jean Gaujard ( de 1820 à 1922 ) suite

 
Pour me documenter sur les cinquante dernières années, j’ai été voir quelques-uns de nos anciens Rosiéristes ; d’abord Reymond.
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Reymond dans ses roses

Reymond est notre doyen, et porte allègrement ses 73 ans ; toujours jeune, toujours gai, ses propos sont empreints d’une douce philosophie. C’est avec plaisir, une sorte de passion, qu’il me parle du passé, de la fin du siècle dernier où presque tous les Rosiéristes étaient réunis dans la partie sud de Lyon. C’était le bon temps, où l’avenue Berthelot s’appelait l’avenue des Deux-Ponts, où dans ces quartiers de Monplaisir, il y avait, au coin du cimetière de la Guillotière, la Maison de la Veuve Ducher, puis Beurrier, l’Horticulteur bien connu, et Pierre Guillot, à la place qu’il occupe maintenant. Il y avait Bonnaire, chemin des Hérideaux, Levet, place du Bachut, « (non loin de cher Guillot), et Gelin, (la porte à coté), et plus loin, Laurent Carle, œilletiste connu, parrain de la Rose célèbre que devait lui dédier son Ami Pernet-Ducher ; et Reymond, le doyen de 1940 ne pense plus que je suis là à prendre des notes, et parle vite en revoyant ce passé qui lui fut si cher ; le temps de sa jeunesse où lui-même travaillait dans cette avenue des Deux-Ponts, chez Charreton ; et lui Reymond qui avait obtenu le diplôme de greffeur, en 1895, lors du concours, qui avait lieu le 27 juillet chez Pierre Guillot, alors chemin des Pins.

Il connaissait déjà Joseph Pernet, qui avait 19 ans, et qui n’était encore que « le petit Pernet », avant d’être « le grand Pernet-Ducher. Le petit Joseph Pernet travaillait encore souvent chez son père, établit 64, route de Vaux ; puis un jour, l’idée lui prend d’aller ailleurs, et c’est à la porte de la Veuve Ducher qu’il vint frapper, à l’angle de la rue des Quatres-Maisons et de l’avenue des Deux-Ponts. Nous sommes en 1878, les souvenirs de Reymond sont encore très vifs, et justement il se souvient que le clos de la veuve Ducher était voisin par le fond, avec le jardin de l’œilletiste fameux Allégatière ; et c’est ce même Allégatière, un jour, qui appela Pernet et lui montra comment il mettait des petits cornets de papier sur ses œillets, pour éviter que l’hybridation en soit troublée ; et les souvenir de Reymond arrivent en foule.

Il se souvient de la culture à Lyon, vers 1885, alors que la plupart des Rosiéristes cultivait la Rose pour la fleur coupée, soit en pleine terre, soit en serre. La concurrence du Midi et de la région d’Antibes n’était pas bien importante ; leurs cultures n’étaient pas développées comme aujourd’hui, et la fleur coupée, rose ou œillet se produisait beaucoup sur place. Monplaisir, Vénissieux, le Moulin à Vent, avaient à cette époque de vastes établissements. Reymond se souvient avoir vu chez Croibier et tant d’autres, des variétés par 5000 de chaque : « Brunner », « Captain Christy », « Magna Charta », et la plupart des beaux Thés « Niphétos », « Sombreuil ». La variété qui a le plus été cultivée à cette époque est la Rose « Madame Gabriel Luizet » qui donnait pour la vente de belles fleurs, rose vif ; mais de l’avis de Reymond, tout changea rapidement lorsque Pernet produisit son « Soleil d’Or ».

Avec les premiers Pernetianas la vente à amateurs s’augmenta considérablement. Pour Reymond, ce fut surtout le grand Pernet (c’est sa propre expression) qui donna à la culture des Roses une impulsion considérable ; et Reymond parle de ses anciens collègues avec une sorte d’enthousiasme, oubliant lui-même qu’il fut un Rosiériste sérieux et consciencieux et sans contredit, l’un des meilleurs cultivateurs de Roses. Il se souvient lui-même avoir multiplié en grand la plupart des obtentions de Pernet-Ducher, et c’est la vente de ces nouvelles variétés qui donna un tel essort, non seulement à Lyon, mais dans le monde entier. De chez Reymond je reviens à Vénissieux voir Louis Mermet. Je pousse sans sonner la barrière en bois ; la clef est sur la porte de la maison ; j’ouvre et j’appelle, personne ne répond, la confiance règne. J’avance alors dans les Rosiers et j’aperçois le maître du logis, râblé, brulé, les pieds nus dans des sandales, un incryable chapeau de paille sur le crâne, Louis Mermet écussonne ses rosiers.

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Louis Mermet dans ses roses

C’est un vrai Lyonnais, apparenté de Dauphinois, qui fait partie de ceux qu’on appelle les cultivateur de rosiers, produisant pour des maisons de gros. C’est le doyen des Rosiéristes-Artisants. Travailleurs obstinés silencieux, ils ont leur grande part dans la réputation des Roses de Lyon. Ils produisent des Rosiers de bonne qualité, toujours exacts dans leur étiquetage, leurs cultures sont parfaites. Travailleurs infatigables, connaisseurs modestes, simples et probes, Louis Mermet a passé plus d’un demi-siècle dans les carrés de Rosiers, c’est dire qu’il connaît variétés, et aussi tous les Lyonnais. Il se souvient de la Maison Pierre Guillot où il a travaillé longtemps avant de voler tout seul. Il a suivi de près l’évolution de la Rose à Lyon, et me donne bien des documents pour la présente étude. Il a connu les débuts de la Maison Croibier et les premiers pas de la plupart des maisons lyonnaises. Il a connu toute la famille Pernet, toute la famille Guillot, et tous les Bernaix.

Plein de bonhommie, parlant doucement, n’ayant jamais l’air pressé, il termina sa vie avec la satisfaction du devoir accompli. « Dame, bien sur, dans le temps ça allait mieux, au prix que tout est maintenant ; la pourette (semis d’églantier) était moins cher et les vieilles variétés valaient bien les nouvelles ; enfin il ne faut pas trop se plaindre, il faut bien tenir, on s’en est bien tiré jusqu’à maintenant. » Et je quitte ce sage pour aller voir Ducher.

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Ducher dans ses roses

Charles Ducher me reçoit dans sa pépinière de Monplaisir, avec affabilité, avec exubérance, le chapeau en arrière et le sourire facile, les mains éloquentes. Et sans préambules je le félicite d’avoir réussi son examen de greffeur… D’un seul coup son chapeau revient sur les yeux, j’avais oublié de lui dire que c’était en 1912 ! il se souvient maintenant, cela s’est passé chez Croibier, il faisait une chaleur ! il avait 22 ans, déjà expert dans le métier, lui-même est fils de Rosiériste, petit fils de la Veuve Ducher, il est né dans ces quartiers de Monplaisir, à 50 mètres de la maison qu’il habite aujourd’hui.

Mme Ducher, veuve de Claude, avait eu trois enfants : Marie, qui devint Mme Pernet-Ducher, Jean et Antoine Ducher qui furent deux Rosiéristes éminents. Charles est le fils d’Antoine, il est le descendant d’une longue lignée de Rosiéristes. Toute sa vie il est resté dans ce quartier de Monplaisir-la-Plaine, il a cultivé les Roses, il s’occupe beaucoup maintenant de la culture de la Rose coupée. Président de notre syndicat des Rosiéristes de Lyon, il a l’estime de nos collègues, et connaît bien l’histoire de la Rose à Lyon.

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Guillot Fils

M.Guillot Fils s’est installé, en 1880, 27 chemin des Pins, à Lyon. Dès 1881, ses cultures assez importantes sont souvent visitées par nos collègues : Voici le rapport de la visite faite en juin 1881 : « La visite que nous avons faite à l’établissement de M. Guillot Fils nous a permis d’apprécier des Rosiers et des Roses de toute beauté. Avant de parler des semis, belles nouveautés, donnons un coup d’œil à cette riche école de Rosiers devant laquelle nous avons à passer et qui représente au moins 1200 variétés de Roses. C’est beaucoup dira-t-on : pourtant on en compte 4000 dans le commerce ; mais on sait que M. Guillot ne penche pas pour l’infériorité, et nous voyons, tous les ans, de quelles fleurs éclatantes il enrichit nos collections.

Il y avait dans le jardin et à la pépinière, 40000 Rosiers nains environ, en pleine floraison, et d’une magnifique végétation ; il y avait aussi un nombre égal de jeunes semis d’églantiers prêts à être écussonnés. J’aurais bien à faire si je notais toutes ces belles variétés, une journée ne me suffirait pas.

Le Polyantha « Mignonnette ». cette série de Polyanthas est un genre tout nouveau ; nous possédons peu de variétés de ce genre qui fera, espérons-le, un jour, la joie des amateurs.

A la séance du 10 février 1883, les Rosiéristes de Lyon sont avisés d’une grande exposition à Saint-Pétersbourg. A l’unanimité, MM. Lacharme et Schwartz sont désignés pour être membres du Jury. Ils acceptent de faire ce lointain voyage, pour porter le salut des Rosiéristes lyonnais. Mais l’Exposition qui devait avoir lieu le 17 mai 1883, est reportée à la même date de l’année 1884. cet ajournement est motivé par la coïncidence de l’exposition avec le sacre de l’Empereur à Moscou. Nos collègues accèptent donc de faire le voyage en 1884.

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Joseph Schwartz

Notre collègue, Joseph Schwartz, alors âgé de 38 ans, devait malheureusement prendre froid au retour, et la mort l’emportant en quelques jours, il décèdait le 11 octobre 1885, en pleine activité. Joseph Schwartz est l’une des figures la plus représentative de la deuxième moitié du dernier siècle. C’était un jeune homme, très actif, plein d’allant et d’enthousiasme, ayant toutes les initiatives. Il prit la Maison de J.-B. Guillot Père, en 1870, et n’avait que 24 ans. Il était installé 43, rue du Repos, à l’endroit où il y a maintenant un cimetière ; puis il est installé à quelques mètre de là, 7, route de Vienne, et ses pépinières étaient à l’angle, formé par les deux avenues : route de Vienne et avenue Berthelot.

Sa veuve continua avec beaucoup de courage l’exploitation de l’établissement. Son Fils André n’avait que 7 ans, à la mort de son père. André Schwartz, chef actuel de la Maison, prit la suite de sa mère, en 1900, et chassé par l’agrandissement de la ville, il s’installa 238, grande rue de la Guillotière. Mais quelques années plus tard on devait construire l’Institut Rockefeller, et de là il alla 230, route de Vienne, d’où il dut partir encore en 1935.

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Veuve Schwartz

Pendant toutes ces années, les Rosiéristes apportent à chaque séance de nombreuses collections de Roses ; et je vois dans les procès-verbaux des séances : apport de 40 variétés, apport de 60 variétés, etc…

Le 9 juin 1883, J.-B. Guillot apporte une très nombreuse collection ou l’on remarque, entre autres, « Etoile de Lyon », Guillot 1883, « Merveille de Lyon », Ducher 1882, « Ulrich Brunner », Levet 1881. A cette même séance, Joseph Schwartz présente une collection de plus de 60 variétés, entre autres neuf variétés inédites, et une importante collection rigoureusement étiquetée, de Provins, d’Hybrides, de Cent-Feuilles, etc… Entre autres : « Cardinal de Richelieu », violet qui fut très remarqué, « Commandant Beaurepaire », rose panaché, et « Merveille de Lyon », hybride remontant de Pernet-Ducher.

Mais les semmeurs n’ont pas une grande confiance dans le public et c’est toujours avec angoisse qu’il présentent quelques semis inédits dans les grandes expositions publiques. Dans la correspondance du grand amateur lyonnais Sisley, je retrouve trace de ces appréhensions. « La Société d’Horticulture reçoit une lettre de Jean Sisley, Rosiériste amateur, qui signale ceci : Depuis quelques années, les Rosiéristes n’envoient plus leurs nouveautés aux expositions parce qu’ils ont eu à souffrir de nombreuses soustractions. Pour éviter ces ennuis, je proposerai de mettre les nouveautés de semis, je proposerai de mettre les nouveauté de semis à l’abris derrière un grillage . » Cette suggestion a été adoptée à l’unanimité, et les journaux annoncent que les exposants de semis pourront présenter en toute confiance, leurs variétés inédites, à la prochaine exposition de septembre ; à cette même exposition, qui eut lieu le 20 septembre 1883, de nombreux Rosiéristes ont présenté des semis. MM. Schwartz, Guillot Fils, Duchet , d’Ecully, Besson, de Monplaisir, Brosse, de Tassin, Dubreuil, de Monplaisir, Pernet-Ducher, Bonnaire et Lacharme.

1883. Date mémorable pour les lauréats de l’Horticulture. En effet, le 7 juillet 1883, paraît dans le Journal Officiel, un décret rendu par le Président de la République, sous l’instigation de M. Méline, Ministre de l’Agriculture. Ce décret ne laissera pas indifférent tous nos agriculteurs, car il institue simplement l’Ordre du Mérite Agricole. Que de joie et de fierté cet ordre ne devait-il pas apporter par la suite à beaucoup de nos Collègues.

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Francis Dubreuil

Septembre 1883 : une grande Exposition Horticole est installée sur le cours du Midi. Les Roses y tiennent une large place ; le public a été particulièrement nombreux. Le périmètre était vaste, plus vaste qu’il ne l’avait jamais été à Lyon, et cependant cet espace était suffisamment rempli pour la foule qui l’a visité. C’est que les lots, au nombre de 230, étaient plus abondants que jamais. Quand on se reporte à quelque dix ans en arrière et qu’on se rappelle que tous les produits exposés de l’Horticulture lyonnaise trouvaient place dans la cour de Palais des Arts, on peut juger le chemin parcouru. On se demande encore comment cette cour du Palais aurait pu suffire à 15 000 ou 20 000 entrées, ainsi que nous l’avons vu, le dimanche sur le cours du Midi.

L’Horticulture lyonnaise progresse et le nombre de ses admirateurs s’accroît de façon à démontrer que ses expositions deviennent un événement pour la région.

Nous voici de nouveau près du cours du Midi, place de Perrache (aujourd’hui place Carnot). Nous sommes en 1885, le 3 juin, une belle exposition de Roses est installée, il y a là les membres du Jury, Henri de Vilmorin, Eugène Verdier, Cochet ; leur tâche est difficile, il faut juger des semis de Roses, et des expositions de nains et tiges.

Les Rosiéristes lyonnais ont rivalisé d’ardeur : Voici les lots de Dubreuil, Gamon, Bernaix, Guillot Fils, Pernet-Ducher, Lacharme, Schwartz. Ce dernier présente aussi de superbes rosiers nains en pots, de même que Guillot Fils. Lacharme obtient une médaille d’or pour la rose « Clara Cochet » (le Papa Cochet devait être content !).

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Alexandre Bernaix

Alexandre Bernaix a la grande médaille d’or pour l’exposition la plus importante ; Schwartz, Pernet-Ducher, ont eux aussi une médaille d’or. Le 31 août de la même année, les Rosiéristes font une visite chez M. Besson, Rosiériste à Monplaisir. Une Commission, composée de MM. Liabaud, Béraud et Lagrange, s’est rendue à son établissement. Les cultures de M. Besson sont à deux pas de la station des tramways, et établies, en très bon ordre, sur un terrain rectangulaire, sans compter une pépinière détachée à peu de distance. L’eau circule dans toute les parties ; deux belles serres et des châssis en quantité complètent le matériel horticole. M. Besson, qui dirige les visiteurs, montre d’abord un joli carré de Rosiers francs de pied en godets : ils sont vigoureux et bien fleuris. La Commission engage M. Besson à persévérer dans cette culture qui est peu répandue à Lyon, et qui peut permettre à l’acheteur, toute l’année, de pouvoir les emporter ou de les expédier.

Plus loin, il montre à la Commission une certaine quantité de Rosiers greffés en fente, sur table, et qui ont parfaitement réussi ; ce système de multiplication fait de jolis pieds la même année. M. Besson préconise beaucoup la multiplication des Rosiers par bouture, procédé connu, avec lequel on a au moins m’immense avantage de ne pas avoir de drageons. Il a dans ses cultures certainement plus de dix mille pieds de Rosiers multipliés ainsi et très beaux. (cette culture en godets et de boutures est presque complètement abandonnée aujourd’hui). Et le rapporteur conclut : Nous citons les variétés qui nous ont paru les plus méritantes : « Wm Allen Richardson », « Madame Eugène Verdier », « Francisca Krüger », « Madame Falco », « Safrano », « Madame Chédane Guinoiseau », « Jules Finger », « Etoile de Lyon », « Niphétos », etc. Nos compliments à M. Besson, qui cultive environ 800 variétés.

Les années passent vite : voici 1887 ; les Rosiéristes lyonnais sont dans la tristesse, leur cher Collègue Lacharme vient de mourir, le 3 novembre. J.-B. Guillot eut la mission de lui adresser un dernier adieu.

François Lacharme, éminent Rosiériste, avait doté l’Horticulture de beaucoup de Roses de premier mérite. Parmi les nombreuses variétés de Roses obtenues par François Lacharme, quelques-unes sont de toute beauté et sont devenues les prototypes de sortes recommandables. C’est à lui qu’on doit : « Alfred Colomb », « Captain Christy », « Louis Van Houtte », « Victor Verdier », universellement connues. On lui doit aussi « Xavier Olibo », et 50 autres variétés. Les Roses de Lacharme seraient plus nombreuses, si notre collègue avait suivi la voie de bien des semeurs ; mais Lacharme était un homme sérieux, et lorsqu’il mettait une rose au commerce, on pouvait être assuré qu’elle était bonne.

Mais la tâche des Rosiéristes lyonnais ne s’arrête pas là ; le Roy est mort, Vive le Roy ! les jeunes continuent la route tracée par leurs ainés : Mme Veuve Schwartz continue la conduite de la maison de son mari décédé il y a deux ans. Pernet-Ducher qui a perdu sa belle-mère, Mme Veuve Ducher (qui avait continué elle-même, seule, pendant huit ans) s’est installé, il y a déjà quelques année, au 114, route d’Heyrieux ; Guillot Fils et Bernaix développent leur établissement.

Sous les auspices de l’Association Horticole Lyonnaise, un concours d’horticulture est organisé sur le cours du Midi, du 13 au 17 septembre 1888. pour les Roses, les collections sont toujours nombreuses : quelques Roses de semis sont présentées, et viennent montrer que Lyon est toujours la terre classique des belles variétés. Dans le concours de 100 et 200 variétés de Roses, citons : Bernaix, Dubreuil, Gamond. Mme Schwartz, quoique ne prenant pas part au concours n’en avait pas moins exposé une collection de 350 variétés. Signalons aussi les Rosiers en pots de MM. Dubreuil, Patichoux et Bonnaire.

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François Lacharme

Mais les Lyonnais se souviennent de leur ancien collègue, et un Comité s’est constitué pour élever un monument à François Lacharme, et adresse à tous les amateurs de Roses, ainsi qu’aux Rosiéristes, la lettre suivante :

Monsieur,

La Floriculture française vient d’être cruellement frappée et la patrie des Roses a perdu le doyen, le maître intelligent, loyal et modeste de la rosiculture, dont il sera toujours une des gloires. Lacharme François, le Rosiériste universellement connu, le semeur infatigable, est mort à Lyon, le 3 novembre dernier, dans sa soixante-dixième année. Une souscription, dont le produit serait consacré à élever sur la tombe de ce digne et excellent collègue une marque de reconnaissance, qui rappellera au souvenir de sa famille la sympathie et l’estime dont il était entouré.

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Jean Liabaud

Les cotisations dont on voudra bien nous gratifier seront reçues et recouvrées par les soins des trésoriers de chacun des Comités, à l’un desquels nous vous serons obligés de vouloir bien vous adresser avant le 1er avril 1888. Le Comité de la Région lyonnaise était ainsi constitué : MM. Liabaud J., Président, Nicolas J., Secrétaire, Bernaix A., Trésorier, Bonnaire, Dubreuil, Guillot et Fils, Pernet-Ducher, Sisley J., Membres. Voir l’article

Août 1888, après les deuils, voici les joies : J.-B. Guillot est à l’honneur. A l’occasion du passage à Lyon de M. Carnot, Président de la République, quelques croix du Mérite Agricole ont été décernées ; une d’elles a été placée par le Chef de l’Etat sur la poitrine d’un Horticulteur qui, depuis longtemps, avait des « titres exceptionnels » pour cette distinction. C’est celle qui a été accordée à un de nos Rosiéristes les plus distingués : J.-B. Guillot.

Tous les amis des Roses ont applaudi à la récompense enfin accordée à celui qui a enrichi les collections de Roses, de si belles et si bonnes variétés, dont « La France » est toujours la fleur aimée et le modèle de perfection des Roses. N’est-ce pas aussi au nouveau Chevalier du Mérite Agricole que l’on doit cette innovation dans la multiplication du Rosier, qui rend de si grands services : de la greffe rez-de-terre ou sur collet d’églantiers ? Nous disons plus haut que les titres étaient exceptionnels ; jamais cette expression n’a été plus exacte.

1889. C’est la place Bellecour qui reçoit cette année-lé le Rosiéristes, du 9 au 13 mai. Grâce à la bienveillance de M. le Gouverneur Militaire de Lyon, commandant le XIV ème Corps d’Armée, M. le Général Baron Berge, et de l’Administration Municipale de Lyon, la Société d’Horticulture du Rhône, a pu organiser son Exposition de Printemps sur la place Bellecour. Le Jury chargé de distribuer les récompenses s’est réuni le 9 mai à neuf heures et demi du matin ; à midi, un déjeuner intime, réunissait dans les salons de l’Hôtel Bellecour, les Membres du Jury et la Presse Lyonnaise. L’ouverture de l’Exposition a été faite à deux heures de l’après midi par M. Cambon, Préfet du Rhône, accompagné de Mme Cambon.

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Joseph Pernet-Ducher

Le soir, à sept heures, dans les salons de M. Maderni, avait lieu un banquet de près de quatre-vingts couverts, auquel avaient été invité les Autorités, les Membres du Jury et les Représentants de la Presse lyonnaise. Le banquet était présidé par M. Luizet, premier Vice-Président de la Société.

1890 : Voici une autre étape dans l’évolution de la Rose : une Hybride de Thé grandement améliorée. A la séance du 12 juillet, Pernet-Ducher, Rosiériste, 114, route d’Heyrieux, à Monplaisir, présente une Rose nouvelle, « Madame Caroline Testout », rose chair. Cette variété fut très remarquée, et déjà les Rosiéristes qui l’avaient vu, signalent que cette Rose est appelée à un grand avenir. Il faut remarquer que les Rosiéristes de cette année-là, ne se sont pas trompés. La Rose « Madame Caroline Testout » a, en effet, connue une carrière brillante et internationale.

Ce jour-là, Guillot présente trois Roses nouvelles, et à chaque séance de la Société, les Rosiéristes présentent des nouveautés, qui sont l’objet de nombreuses discussions. L’Exposition de septembre 1890 réunissait un nombre important de Roses coupées ; mais nos anciens collègues présentaient leurs Roses dans des bouteilles ; exactement dans des litres, comme dit le rapporteur. Cette exposition fut particulièrement importante, puisque le Rapporteur à compté 4 580 bouteilles.

Bernaix avait un lot important, ainsi que Pernet-Ducher, Mme Schwartz, Dubreuil, Bonnaire ; Gamon expose 200 variétés diverses, et le Rapporteur conclut : Les Roses sont inépuisables dans leur production. A chaque séance, il nous faut des Roses nouvelles ; le goût des amateurs ne se lasse jamais ; et pour les satisfaire, nos Rosiéristes lyonnais sont constament à la recherche de quelques variétés nouvelles.

1891 : La Rose vole toujours de succès en succès.

L’Exposition d’Horticulture a lieu place Morand, du 11 au 15 juin inclus. J’extrais du rapport de M. Nicolas : Lyon est la Reine des Roses ; c’est l’expression même de M. Hariot ; c’est le Secrétaire du Jury qui le dit dans son compte rendu ; on peut donc sans crainte citer comme de premier mérite, les Roses nouvelles présentées à l’examen du Jury par les Lyonnais. C’était en première ligne, une Rose Hybride de Thé de M. Pernet-Ducher, et aussi des obtentions de M. Levet, M. Bonnaire, M. Bernaix. Toutes ces Roses nouvelles ne peuvent que donner au point de vue rosicole, une réputation plus grande à notre Région Lyonnaise « Eugénie Desgache », de Plantier (1835), le prédécesseur de Lacharme ; et la Rose Ile-Bourbon « Souvenir de la Malmaison », de Beluze (1843) qui va bientôt fêter son cinquantenaire. M. Bernaix a eu la délicate attention de noter devant chaque Rose, le nom de l’obtenteur, et l’année de la variété ; et nous retrouvons les noms de Plantier, Beluze, Schwartz, Lacharme, Guillot Père, Pernet Père, Ducher, Liabaud, Levet Père, Pernet-Ducher, Bonnaire, Dubreuil, etc… dont les heureux gains ont fait la popularité de la Rose Lyonnaise.

Trois exposants présentent 300 variétés différentes de Roses. Ce sont Pernet-Ducher, Dubreuil, Gamon. Bonnaire présente 200 variétés et Mme Schwartz, qui n’a pas voulu s’inscrire comme concurrent, n’en présente pas moins une collection de 500 variétés.

Mais le calendrier s’effeuille vite, et en tournant les pages jaunies, les années passent rapidement.

1894. Alexandre Bernaix, installé chemin de la Bouteille, Villeurbanne, demande la Commission de visites. Je cède la parole à Pierre Guillot :

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Pierre Guillot

Quoique la fondation de son établissement ne date que de 1860, M. Alexandre Bernaix a su par son habile direction et son activité, le mettre au premier rang par l’importance de ses cultures. Au siège de l’établissement, M. Bernaix nous montre sa collection générale de Rosiers, composée de 2000 variétés de tous genres : Thés, Hybrides de Thé, Noisettes, Hybrides de Noisette, hybrides remontants, Ile-Bourbon, Bengale, Mousseux, Rugueux, Provins, Multiflores remontants, etc…

Nous admirons la vigueur des plantes, leur bonne culture et l’étiquetage parfait qui y règne. Nous pouvons en apprécier toute la rareté et nous y remarquons différents gains de la Maison. Aux qualités d’habile cultivateur, M. Bernaix joint aussi celle du semeur. Une vaste pépinière située en face de l’établissement et une autre route de Crémieux sont pour nous l’objet d’une visite intéressante. Nous y trouvons, en effet, un très grand nombre de Rosiers tiges et nains pour la vente de l’automne ou en préparation pour l’année suivante.

Nous y admirons l’étiquetage soigné, les soins et la bonne culture donnés aux plantes. Le nombre des jeunes sujets, tant tiges que nains à écussonner durant cette saison, peut s’évaluer à 100 ou 120 000. La Commission, composée de MM. Liabaud, Président, Bonnaire, Pernet-Ducher, et votre serviteur, à la suite de cette visite qui s’est faite le 24 mai dernier, vous propose d’accorder à M. Bernaix une grande médaille d’or, juste récompense de la bonne tenue de son établissement. (Lyon le 31 mai 1894, le Rapporteur P. Guillot).

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André Gamon

Pendant cette même année 1894, le Parc de la Tête d’Or reçoit à nouveau les Horticulteurs lyonnais pour une exposition permanente. Une vaste roseraie était installée et plantée par les Rosiéristes lyonnais. La plantation a eu lieu au printemps, et l’exposition dura jusqu’au mois d’octobre. Tous les rosiéristes de Lyon et des environs étaient représentés. 12 000 pieds de Rosiers furent plantés, et l’on compta 3 000 variétés différentes. C’est à dire la collection presque complète des variétés connues à cette époque. Mme Schwartz pour sa part, avait une collection de 1600 variétés et des massifs complets de « Comtesse Riza du Parc » et « André Schwartz ». MM. Bernaix, Jaquier, Pernet-Ducher, Gamon, exposaient une belle collection de rosiers hautes tiges. Ceux de M. Pernet-Ducher sont vraiment d’une culture remarquable. MM. Gamon, Griffon, Dubreuil, Preslier, ont de superbes massifs de Rosiers nains. Une place d’honneur est réservée au « Souvenir de la Malmaison », « Merveille de Lyon », « Rêve d’Or », etc.

Des semis sont présentés par M. Pierre Guillot, entre autres : « Madame Laurette de Messimy », et par M. Bernaix, M. Dubreuil ; et les incomparables Hybrides de Thés de M. Pernet-Ducher. Tous ces semis nous assurent une supériorité incontestable ; et Lyon sera longtemps encore la capitale des Roses.

Au concours temporaire de Roses coupées du 7 au 13 juin, M. Pernet-Ducher présente six variétés nouvelles ; quatre d’entre elles obtiennent chacune un premier prix, entre autres : « Madame Abel Chatenay ». M. Pierre Guillot, membre du Jury, est félicité pour sa belle nouveauté « Charlotte Gillemot ». Le 13 juin 1895, la Commission des visites, composée de MM. Bernaix, Dubreuil, Gamon, Pernet-Ducher, et de votre serviteur soussigné, se rendait à Lyon-Monchat, chemins des Pins, pour visiter les cultures de notre collègue Pierre Guillot. L’établissement se compose de trois propriétés plantées de plusieurs centaines de mille d’églantiers, de rosiers tiges, mi-tiges et de rosiers greffés ras-terre, bons à la vente à l’automne prochain. Nous y avons remarqué « Laurette de Messimy » rouge capucine qui sera une plante précieuse pour les massifs. Sur tige cette variété produit également un effet merveilleux. Nous avons remarqué dans les semis, plusieurs variétés qui tiendront honorablement leur place dans les cultures lyonnaises.

Tous les rosiers nains sont greffés sur collets de racines d’églantiers, mode de greffage que nous devons au père de M. Pierre Guillot. C’est la greffe des rosiéristes lyonnais ; la seule capable de donner des pieds résistants et permettant de multiplier les variétés délicates. La Commission satisfaite de l’ordre et de la propreté qui règne dans cet établissement que l’on peut classer parmi les premiers de la région lyonnaise, vous propose d’accorder à M. Pierre Guillot, la plus haute récompense : une médaille d’or grand module.

 
Aimé Preslier
Aimé Preslier
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Publié le jeudi 31 juillet 2008
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Mis à jour le mardi 29 juillet 2008
 
Publié le jeudi 7 août 2008 par jean Brun
 
Publié le lundi 21 mai 2007 par jean Brun
 
Publié le vendredi 13 juillet 2007 par jean Brun