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L’extension de la culture de la Rose
l’aventure de la rose Lyonnaise racontée par Jean Gaujard ( de 1820 à 1922 ) suite

 
Les Etablissements de Rosiéristes s’étendent de plus en plus et plusieurs abandonnent toutes autres cultures vers 1860 pour se consacrer uniquement à la Rose : Guillot, Lacharme, Damaizin, sont parmi les plus connus.

Claude Ducher, installé 4, rue de la Mouche et Liabaud, 4, montée de la Boucle, à La Croix-Rousse, offrent des Rosiers Nouveaux à 20 francs pièce. En juin 1860, l’Etablissement de J.-B. Guillot est l’objet d’une visite officielle de la Société d’Horticulture. La Commission de visite, régulièrement convoquée, s’est transportée, le 9 juin 1860, dans l’Etablissement M. Jean Baptiste Guillot Fils, Horticulteur, 49, rue d’Ossaris, à Lyon, afin d’examiner les Roses de ses semis, ainsi que la floraison de sa nombreuse collection de Rosiers. Cet habile Horticulteur a restreint considérablement la greffe sur haute tige pour se livrer spécialement à la greffe rez-terre, sur églantiers provenant de semis. Cette culture est en effet bien préférable : les vents et la gelée ont moins de prise ; plus n’est besoin de tuteurs à renouveler constamment, la greffe étant posée sur le collet ; le marcottage devient plus facile, si l’on veut obtenir des francs de pied.

La collection de M. Guillot se composant de près de huit cents espèces, un amateur est bien embarrassé de former un choix parmi : Les Iles-Bourbon ;

Les Thés :
- Mme Bravy,
-  Gloire de Dijon,
-  Louise de Savoie
-  Sombreuil,
-  Mme Falcot, etc...

Les Bengales :
- Cramoisi Supérieur, etc...

Les Noisettes :
- Aimé Vibert,
-  Solfatare,
-  Chromatella, etc...

Les Moussues Remontantes :
- Mme Edouard Ory, et tant d’autres.

La Commission, en vous rendant compte de son opération, renouvelle les éloges qu’elle a déjà décernés à notre honorable collègue M. Guillot Fils, pour le choix heureux de sa collection, pour la bonne culture de ses rosiers et enfin pour ses importants semis.

La culture du Rosier en pot commence à s’éteindre. Damaizin fut l’initiateur de cette culture ; je laisse la parole à la Commission de visite : Le 12 mai 1860, nous avons visité, sur la demande de M. Damaizin, notre honorable collègue, une collection de Rosiers en pot, greffés sur églantiers à haute et basse tige, au nombre de trois cents environ. Ces arbustes en pleine floraison, présentaient tous les symptômes d’une culture intelligente. Les amateurs peuvent donc à quelque époque que ce soit de l’année, remplacer, dans leurs massifs, les sujets que les maladies auraient frappés, et jouir quelques mois plus tôt de la vue de ces belles fleurs, les reines de nos parterres. Votre Commission a dû encourager M. Damaizin, à persévérer dans ce mode de culture.

Les variétés suivantes ont paru s’accommoder parfaitement de la culture forcée :

-  Lion des Combats
-  Ernestine de Barante
-  Sombreuil
-  Jacqueminot
-  La Reine
-  Persian Yelow, etc...

Ces rosiers ont été placés dans leurs pots, les uns à l’automne dernier, les autres depuis deux ans. Ce sont principalement ces derniers qui nous ont présenté les fleurs les plus doubles ». Quelques années plus tard, la culture du Rosier en pot, aussi bien les Nains que les Tiges, devaient connaître une vogue immense.

Dès 1860, notre Parc de la Tête-d’Or était déjà le cadre idéal ; une Exposition y fut organisée, du 28 septembre au 4 octobre 1860. Voici l’article 10 du programme : « MM. Les Jurés sont priés de se rendre le jeudi 27 septembre, à midi, au Parc de la Tête-d’Or, dans la salle du Conservatoire de Botanique. Leurs examens et délibérations auront lieu à huis-clos.

Les difficultés étaient grandes en 1860, pour avoir de beaux catalogues et le prix en était fort élevé. Cherpin nous parle de son Livre des Roses dans la revue des Jardins et des Champs. Le manuscrit du livre que nous avons annoncé est prêt. Les figures qu’il doit renfermer sont peintes ; mais ce n’est pas tout : il faut que ces figures soient reproduites par la gravure ou la lithographie, et c’est là qu’est l’ambarras. Nous sommes à la recherche d’un éditeur qui puisse exécuter cet ouvrage.

Mais les expositions de Roses ont toujours la faveur des amateurs, celle du 27 septembre 1860, à Lyon, connaît une gros succès. Les belles Roses, le plus bel ornement de nos parterres, était malgré d’incessantes pluies, représenté d’une manière splendide. Au premier rang paraissaient, ex æquo, les collections de MM. Guillot Fils et Lacharme.

Dans celle de M. Lacharme, disposée avec goût parfait, les yeux s’arrêtaient avec complaisance sur la Rose Victor Verdier Hybride obtenu nouvellement de semis, et le Thé Sombreuil. Le lot de M. Bouchard, qui ne manquait pas de mérite, faisait admirer la Gloire de Dijon et le Thé jaune Madame Falcot.

L’Exposition des 3, 4, 5 mai 1861, à Lyon, au Palais des Arts, n’eut rien à envier à la précédente. La collection de Roses de M. Damaizin a été jugée comme des lots les plus considérables de l’Exposition : aussi le Jury lui a décerné la médaille d’or de la Ville. L’habile horticulteur, a présenté au concours quatre-vingt pieds de Rosiers en pleine floraison. Plusieurs variétés nouvelles figurent parmi ces Rosiers : dont « La Coquette de Lyon » rose léger, gracieuse et délicate, « Général Jacqueminot », etc…

La culture des Roses qui s’étend de plus en plus, demande aussi des moyens plus rapides et plus sûrs de multiplication : notre ancien collègue, J.-B. Guillot, eut l’idée de la greffe en écussons sur collet d’églantier : ce mode de multiplication est aujourd’hui utilisé dans le monde entier. Voici un passage du rapport de M. Hobitz à la séance du 8 juin 1861.

« La multiplication se fait par drageons, marcottes et boutures, ou par greffe en fente, et mieux en écusson. C’est sur l’églantier à fruit long « Rosa Canina » qu’on greffe toutes les espèces vigoureuses, pour obtenir des tiges élevées et de fortes têtes ; on peut aussi greffer sur l’églantier odorant « Rosa Rubiginosa » et sur d’autres rosiers les espèces moins vigoureuses, quand on ne veut que de basses tiges et de petites têtes. L’époque la plus favorable pour la greffe en écusson est à partir du premier août jusqu’au 15 septembre ; c’est ce qu’on appelle greffer à œil dormant. On peut cependant greffer avec avantage avant cette époque.

Et voici pour l’amateur et le professionnel, les principales qualités d’une belle variété de Roses. Nous trouvons ces observations dans la Revue des Jardins et des Champs de juillet 1862. Ces qualités sont les mêmes demandées encore aujourd’hui. « Un Rosier de choix doit posséder les qualités suivantes : - Tiges droites autant que possible, de grande vigueur ou de moyenne vigueur. – Feuillage abondant et ample. Les fleurs bien habillées. – Plus un rosier est florifère ou remontant, plus il contribue à l’ornementation d’un jardin. – Une rose doit se tenir ferme sur son pédoncule ; pleine ou presque pleine ; odorante. – Plus le coloris d’une rose est brillant, plus il produit d’effet. Un rosier qui produit des fleurs possédant les qualités que nous venons d’indiquer, est une plante de grand mérite. – Le rouge abonde dans toutes les nuances, mais le blanc et le jaune sont encore rares. Le bleu violet ou bleu impérial est déjà trouvé ; on marche à grand pas, mais à tâtons, à la recherche du bleu célèste. On pensait déjà à la Rose Bleue en 1862 ! Notre ancien Collègue, Damaizin, résume pour nous la situation des Roses à Lyon, en l’an 1863. Je lui cède la parole en vous communiquant un article de lui, paru cette même année du mois d’avril.

« Si nous ne possédons pas à Lyon des Etablissements Horticoles aussi importants que nous pourrions le désirer et que la position de seconde capitale devait faire naître, il ne faut pas s’en prendre aux Horticulteurs, mais à l’absence du goût des fleurs, dont notre Ville était affligée jusqu’à maintenant.

Aussi le nombre de nos Horticulteurs marchands, qui s’est considérablement accru depuis dix ans et qui monte aujourd’hui à plus de cent, atteste-t-il que le goût de l’Horticulture s’est développer. Mais au milieu de cette apparente infériorité de l’Horticulture Lyonnaise avant 1852, il y a une branche de cette honorable industrie qui a tenue depuis plus de trente ans le premier rang parmi l’Horticulture Européenne ; nous voulons parler de la culture des Roses.

Dans aucun pays, dans aucune ville, la culture de cette noble plante n’a obtenue autant de succès, car c’est de Lyon que sont sorties les plus belles Roses qui ornent tous les parterres et les collections de tous les pays ; et comme, malgré les caprices de la mode, la rose sera toujours la plus belle des fleurs, l’Horticulture Lyonnaise pourra toujours réclamer le premier rang. Raconter l’histoire de la culture des Roses dans notre Ville depuis ses débuts, serait beaucoup trop long et au-dessus de nos forces.

Un jour nous pourrons peut-être entreprendre ce travail, pour lequel les documents nous manquent maintenant. Nous pourrions citer un grand nombre de belles Roses Lyonnaises, pour montrer combien notre Horticulture Lyonnaise a obtenue de succès. Aux succès passés se lient ceux obtenus chaque jour, et à ceux-ci se lieront les succès de l’avenir, nous osons l’espérer ». ( DAMAIZIN 11 avril 1863 ).

Vous avez eu raison d’espérer Monsieur Damaizin, les Lyonnais n’ont pas failli à leur tâche ! Quelle ne serait pas votre joie, si vous pouviez aujourd’hui, visiter les pépinières de vos collègues de 1940 ! Nous voici en 1864. Visite chez M. Crozy, Rosiériste à la Guillotière « Rose de semis ». Le 24 mai 1864, la Commission de Floriculture, sur la demande de notre collègue, M. Crozy, se rendait dans l’Etablissement de cet honorable horticulteur, situé à la Guillotière. M. Crozy, avait à nous montrer une Rose obtenue par lui. La Commission a dû féliciter M. Crozy de l’obtention de cette plante remarquable à divers titres, et elle croit pouvoir la recommander comme excellente acquisition pour les plantations de Rosiers en massifs.

Au mois d’août de cette même année, visite à l’Etablissement de M. Liabaud. « Vous connaissez tous les cultures importantes de votre Collègue, M. Liabaud. Cet habile horticulteur fait des semis qui viennent prendre, chaque année, une place honorable dans les collections. Le 23 mai dernier, votre Commission de Floriculture était appelée à apprécier de nouveaux gains. L’attention de votre Commission s’est portée sur trois belles roses hybrides remontants. M. Liabaud, possède une assez remarquable quantité de semis de Rosiers et chaque année, ainsi que nous venons de le dire, notre Collègue zélé, en obtient des résultats satisfaisants.

Notre ancien Collègue Damaizin étendait toujours ses cultures de Rosiers en pots, et ses collègues étaient toujours heureux de lui faire une visite pendant les mois d’hivers. Voici un rapport de M. Liabaud : On peut dire que Lyon a eu une grande part dans le progrès qu’a fait la rose ; les Plantier, les Guillot, les Lacharme, les Beluze, les Nérard, les Damaizin ont tous contribué à augmenter le nombre des bonnes variétés qui ont enrichi et enrichissent tous les jours les collections.

M. Damaizin, Rosiériste à la Guillotière, par sa culture forcée en pots, vient de conquérir un nouveau titre à sa renommée. En effet, votre Commission de Floriculture qui a été appelée le 9 février 1865 a visité ses cultures et ne se lassait pas d’admirer quatres serres de quinze mètres de long, sur trois mètres trente centimètres de large, remplies de Rosiers ; les uns en fleurs, les autres prêts à fleurir, et tous d’une végétation et d’une fraîcheur que rien n’égale. Pour arriver à de tel résultats, M. Damaizin rempote ses Rosiers, en automne, un an à l’avance, dans des pots proportionnés à la force des sujets.

M. Damaizin, échelonne ses cultures, en commençant par une serre, deux serres, et ainsi de suite ; et, par ce moyen alternatif, il obtient une floraison continuelle. Toutes les variétés ne se prêtent pas au même degré à la culture forcée. Pour la première saison, c’est à dire de décembre à janvier, les variétés les plus précoces sont : la « Rose de Quatres-Saisons ou Portland », les « Roses du Roi », les « Hybrides de la Reine », « Madame Laffay, « Le Géant des Batailles ». Viennent ensuite : « Victor Verdier », « Baronne Prévost », « Général Jacqueminot », « Madame Falcot » et beaucoup d’autres. Notre impression, nous ne pouvons vous la transmettre, il faut voir.

Les Amis des Roses N° 200
 
 
Publié le jeudi 12 juillet 2007
Mis à jour le vendredi 25 juillet 2008

 
 
 
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