La Rose depuis 1789
le 24 septembre 1889 par M. Charles Baltet

 
Dans le monde des plantes, le sceptre floral appartient sans conteste au Rosier. A notre époque revient l’honneur des croisements entre nos races européennes et les fraîches et brillantes filles parfumées de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique.

Acclamée par les suffrages, digne d’une situation aussi élevée, est-il étonnant de savoir la reine des fleurs dotée d’une cour, entourée de courtisans et chantée par les poètes ? Des fêtes publiques sont consacrées à sa gloire. Nous-même avons pris une part active aux premières expositions de roses, à Fontenay-aux-Roses, à Brie-Comte-Robert, à Troyes, au titre d’exposant, de membre du jury ou de président organisateur. Les enfants légitimes, directs ou adultérins du Rosier sont tellement nombreux que la surface du Champ de Mars ne suffirait pas à loger toute la lignée. Nous pouvons dire avec un certain orgueil national que la Rose est le grand succès de l’exposition florale, comme elle est le triomphe de l’horticulture française.

A force de chercher la rose bleue, nos horticulteurs n’ont pas perdu la rose rose, suivant un mot historique. Les noms de semeurs tels que Hardy, Desprez, Prévost, Laffay, Vibert, Guillot, Verdier, Portemer, Lévêque, Ducher, Lacharme, Pradel, Jamain, Pernet, Levet, Margottin, sont liés à l’histoire et aux progrès de la rose. Mais combien manquent à l’appel parmi les types peints par Redouté (1759-1840), décrits par Thory (1759-1827) ? Où sont les 1020 noms inscrits au catalogue de Prévost en 1829 ?

En 1811, l’Almanach des roses de L. Guerrapain (1754-1821), dédié aux Dames, imprimé à Troyes, énumérait déjà près de deux cents variétés de Rosiers, parmi lesquelles six seulement, de la tribu de Bengale, sont remontantes. Quelques années plus tard, en 1818, un autre compatriote, le comte Lelieur (1765-1849), intendant des parcs de la Couronne, dédiait à Louis XVIII la « Rose du Roi », gagnée par Souchet, au fleuriste de Sèvres, en 1816 ; cette favorite des boutonnières a, sur la charmante « Pompon de mai », l’avantage d’être perpétuelle. Notre déesse est réellement perpétuelle. Lorsque les roseraies de Paris, de Brie, de Lyon, d’Angers, d’Orléans, de Rouen, de Lille, de Caen seront au repos, le soleil de Nice, de Cannes, d’Hyères et du Golfe-Juan enverra aux quatre coins de l’Europe des Bouquets ravissants de Safrano, de Niel, de Niphétos, de Lamarque, de Malmaison, de Gloire de Dijon, de Homère, de La France, de Marie Van Houtte, de William Allen, de Gloire des rosomanes...

N’avons nous pas, d’ailleurs, les forceries qui ne nous laissent jamais chômer de roses en hiver ? Depuis le jardinier Legrand qui, vers 1776, en fut le précurseur, depuis le fleuriste Laurent qui chauffait 50 000 rosiers, il y a bientôt cinquante ans, comptez le nombre de bâches consacrées à cette industrie. Comptez les milliers de Rosiers du Roi, Jules Margottin, Paul Neyron, rose de la Reine, Captain Christy, Jacqueminot, Baronne Adolphe de Rothschild, Merveille de Lyon, Lamarque, Célina Dubos, Safrano, Madame Boll, Souvenir de la reine d’Angleterre, La France, Madame Falcot, Cambacérès, Anna de Diesbach, Souvenir de la Malmaison, Pœnia, Cramoisi, Bosanquet, Niphétos, Salet, etc., soumis à cette épreuve !

Pardon ! nous oublions la rose mousseuse, rapportée d’Angleterre en 1807, devenue remontante dans la Moselle, en 1830.

M. Hardy est le plus passionné, le plus éclairé, le plus favorisé des amants de Flore ... Et cet homme heureux a vécu quatre-vingt-dix ans !

Les rosiéristes ont créé des tribus empruntant leur nom à l’origine du type. Le rosier du Bengale provient de cette contrée de l’Inde et a été apporté au Muséum, vers 1798, par le chirurgien Barbier ; le rosier de Noisette fut expédié de l’Amérique du Nord, en 1814, par Philippe Noisette à son frère Louis, horticulteur à Paris ; le Rosier de l’Île-Bourbon a été trouvé dans cette île par Bréon, directeur des jardins royaux, et envoyé à Jacques, de Neuilly, en 1817 ; le Rosier à odeur de Thé apporté de l’Inde en Angleterre par Colvill, vers 1789, vient en France vingt ans après ; enfin, les Rosiers dits hybrides, produits du croisement entre ces derniers et les anciennes tribus d’origine orientale, musquée, de Provins, Damas, Centfeuilles, etc. Les premières fécondations ont été opérées dès 1825 par Vilmorin, Laffay, Cugnot, Péan, Sisley ; elles se continuent entre roses remontantes augmentées des espèces polyantha, rugosa, etc. Les nombreuses variétés se rangent dans ces diverses catégories.

Bengale :
  Cramoisi supérieur, né en 1832
  Hermosa, 1840
  Ducher, 1829

Noisette :
  Aimée Vibert, 1828
  Ophirie, 1841
  Solfatare, 1843
  Céline Forestier, 1842
  Zélia Pradel,1861
  Bouquet d’Or, 1871
  William Allen Richardson, 1878

Thé :
  Adam, 1832
  Bougère, 1833
  Sombreuil, 1851
  Gloire de Dijon, 1853
  Homère, 1858
  Belle Lyonnaise, 1869
  Catherine Mermet, 1869
  Mademoiselle Marie Van Houtte, 1871
  Souvenir de Paul Neyron, 1871
  Perle des jardins, 1874
  Madame Lambard, 1877
  Jules Finger, 1878
  Reine Marie-Henriette, 1878
  Francisca Krüger, 1879
  Beauté de l’Europe, 1881
  Madame Eugène Verdier, 1882

Île-Bourbon :
  Mistress Bosanquet, 1832
  Reine des Île-Bourbon, 1834
  Souvenir de la Malmaison, 1843
  Louise Odier, 1851
  Madame Pierre Oger, 1878

Hybride :
  Duchesse de Cambacérès, 1849
  Général Jacqueminot, 1853
  Jules Margottin, 1853
  Prince Camille de Rohan, 1861
  John Hopper, 1862
  Charles Margottin, 1863
  Madame Victor Verdier, 1863
  Marie Baumann, 1863
  Mademoiselle Thérèse Levet, 1864
  Monsieur Boncenne, 1864
  Abel Grand, 1865
  Elisabeth Vigneron, 1865
  Coquette des blanches, 1867
  La France, 1867
  Baronne de Rothschild, 1868
  Duc d’Edimbourg, 1868
  Paul Neyron, 1869
  Bessie Johnson, 1872
  Captain Christy, 1873
  Jean Liabaud, 1875
  Magna Charta, 1876
  Ulrich Brunner, 1881

A notre époque appartiennent les modes de greffage du Rosier. La greffe forcée, sous verre, remonte à Descemet, en 1813, et la greffe sur racine à Ultinet, en 1840.

extrait du livre L’Horticulure Française, ses progrès et ses conquètes depuis 1789 par Charles Baltet.
 
 
Publié le lundi 21 mai 2007

 
 
 
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