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mardi 7 septembre 2010
Les premiers pas
l’aventure de la rose Lyonnaise racontée par Jean Gaujard ( de 1820 à 1922 )
Jusqu’en 1830, la rose est un peu la fleur ignorée. Il n’y avait que les variétés « types » dites « botanique » : certaines originaires de Perse ou d’Asie du Nord non remontantes : les Thé, les Bengale, etc. Nous avons déjà vu l’histoire de ces variétés dans un article précédent.
Mais à partir de 1830-1835, une immense clarté illumine l’histoire de la rose ; les rosiers non remontants et remontants plantés côte à côte, dans les jardins depuis une vingtaine d’années, s’étaient hybridés entre eux naturellement par le vent, les insectes, etc., et j’ai déjà parlé de l’influence énorme qu’à eue la Roseraie de la Malmaison entre 1810-1815. Déjà en 1820 quelques semis avaient été fait par M.Vibert et l’on parlait d’Hybrides d’Indica, d’Hybrides de Noisette, etc....
Nous sommes encore au début de la recherche de la rose, à l’époque des tâtonnements, des hésitations, et face à l’inconnu. Quand on pense que la première liste des roses fût donnée par le « Jardinier Fleuriste » de 1742 qui donne 12 espèces de roses ; le « Bon Jardinier » de 1761 en donne 10 nouvelles qui n’étaient que de petites roses, « pas très grosses » dit le catalogue : et, cette même revue, en 1786 décrit encore 18 variétés. La Quintinie, Jardinier de Louis XIV, et qui collectionnait les plus belles fleurs dans le jardin de Versailles, n’avait pas beaucoup parlé de la rose. Il connaissait 12 à 15 espèces sans nom et sans description bien définies ; et pour tout dire, sans importance aux yeux des amateurs de fleurs. En 1815, un horticulteur de Saint-Denis, près de Paris, Descemet, qui avait travaillé à la Malmaison, possède une collection personnelle de 300 espèces ou variétés. La rose la plus remontante était « La Rose du Roi » qui fut la première rose cultivée dans la Brie. C’était un hybride de Portland, pourpre, qui avait été présenté en 1815 par M. Souchet, jardinier chef à Sèvres près de Saint-Cloud. On raconte que près de 200.000 pieds étaient vendus en 1825, soit en pots, soit pour le jardin. La Brie commence à connaître son essor à cette époque, et fournit largement la « Rose du Roi » pour le marché aux fleurs coupées de la ville de Paris. Mais tout d’un coup, en 1830, une rose nouvelle apparaît. Elle avait la rusticité des rosiers de la Perse et la floribondité des rosiers de l’Inde. C’est Guérin, d’Angers, qui présente le premier : « Malton » ; cette variété d’un rouge encore inconnu dans les grandes fleurs, demi sarmenteuses, fut un événement. En 1835, Sisley de Paris, obtient un hybride remarquable rouge, qu’il appelle « Sisley ». Laffay, horticulteur à Auteuil a déjà semé des graines d’hybrides : en 1837 il obtient « Prince Albert » et « Princesse Hélène », deux beaux rouges. En 1839, « Comte de Paris » rouge « Madame Laffay » cramoisi, « Louis Bonaparte » écarlate ; et chaque année, il sort quelques variétés ; entre autres, la variété remarquable que fut « La Reine » en 1843. Mais les Lyonnais ne furent pas en retard pour commencer leurs recherches et dès 1839, M. Plantier, chercheur modeste, habitant Lyon, présente une variété qui fut sensationnelle à l’époque « Aricie ». La première variété nouvelle ayant vu le jour à Lyon fut en 1835 un Thé à fleurs roses « Eugénie Desgaches » de Plantier également, mais qui n’eut pas une carrière bien brillante. « Aricie » fut beaucoup plus remarquée ; c’était un hybride remontant à grandes fleurs rose chair et la même année un hybride de noisette « Madame Plantier », blanc pur. Mais d’autres horticulteurs acquièrent vite la célébrité. C’est Jean Beluze, de Lyon-Vaise, qui obtient en 1841 « Cendre de Napoléon », hybride remontant rosé. En 1843, il présente « Charles Souchet » et la même année arrive d’un seul coup à la renommée, en présentant « Souvenir de la Malmaison ». Cette variété dédiée à la première Roseraie d’Etudes qui fut au monde, alla de triomphe en triomphe et fit couler beaucoup d’encre pendant plus de cinquante ans. L’émulation se produit, l’étincelle a jailli et, voici les lyonnais qui se passionnent pour la rose. Jean Baptiste Guillot père, établi, 1 rue de Tourville, à la Guillotière, François Lacharme, rue de la Croix, Monplaisir, Claude Ducher, rue du Vivier, Luizet à Ecully, Liabaud, montée de la Boucle, à la Croix Rousse, furent les pionniers de la Rose à Lyon. Dès le 13 octobre 1844, François Lacharme présente à la Société d’horticulture pratique du Rhône, quelques semis de Roses, parmi lesquels « Duc d’Alençon » et « Ernestine de Barante » qui sont particulièrement remarqués ; cette dernière notamment est qualifiée de « gracieuse merveille » et remporte un gros succès à l’Exposition de cette même année qui a lieu en septembre à l’Hôtel de Ville. Cette rose « Ernestine de Barante » est appelée à l’unanimité une admirable nouveauté. C’est un Bengale toujours fleuri, rose brillant. A cette exposition plusieurs rosiéristes lyonnais ont exposé un rosier appelé « Petit Pompon » et qu’on appelle à Lyon « Rosier de Dijon » ( ?) Les catalogues de roses n’étaient pas bien important jusqu’en 1835, à part les listes de Descemet et Vibert ; les catalogues de roses étaient pour ainsi dire inconnus. Mais dès 1844 tout change rapidement. Les hybrides remontants se multiplient très vite, chacun veut les avoir dans son jardin. Plusieurs rosiéristes font des semis et en 1850, on aura 500 variétés d’hybrides remontants enregistrées. Je détache d’ailleurs le passage suivant du compte rendu de l’Exposition de Lyon, de septembre 1845 : « Depuis longtemps les roses de Lyon, ont la réputation bien méritée. Nous remarquons notamment : Jean Baptiste Guillot père, à qui le commerce doit une grande quantité de roses de mérite. François Lacharme, qui rivalise avec le précédent, car « Ernestine de Barante » et « Duc d’Isly » et plusieurs autres, possèdent une juste célébrité. M. Nérard, M. Poncet, nous ont présenté déjà de belles nouveautés. Les superbes gains de ces rosiéristes de 1844 à 1845, enrichissent considérablement les collections ». Dans sa séance du 14 février 1845, le Conseil de la Société d’Horticulture Pratique du Rhône, décide de réserver chaque année, entre le 15 mai et le 15 juin, une exposition réservée aux roses : aussi les 16, 17 et 18 mai 1845, une belle exposition était organisée, sous les galeries du Palais des Arts. On cite notamment : « L’Habile Rosomane J-B Guillot » , exposant de superbes roses ; entre autres « La Reine », obtention de Laffay. On remarque aussi « Princesse Adélaïde », « Comte de Paris », « Reine Victoria », « Prince Albert », « Ernestine de Barante », « Reine de Vierges », etc. On y remarquait de nombreux semis de roses de : Nérard et de Claude Ducher. Enfin le 10 août 1845, J-B Guillot, présentait à la Société d’Horticulture Pratique un bouquet de roses de semis, qui fit l’admiration des amateurs et des professionnels, et une branche d’un mousseux appelé « Mousseux Perpétuel Mauguet ». Il faut remarquer qu’en 1845, Jean Beluze, rosiériste déjà bien connu, n’expose pas à la Société d’Horticulture Pratique du Rhône, et ne fait pas partie de cette Société ; quelques épines avaient du se trouver sur son chemin. (il y en avait déjà en 1845 !). Mais bientôt il en serait membre. Déjà l’émulation se faisait sentir parmi les rosiéristes, et le 12 avril 1845, Lecocq, professeur d’histoire naturelle, à Clermont avait fait don à la Société d’un opuscule sur la Fécondation Artificielle, qui fut lu et commenté avec passion : et le Président Menoux, signale dans son rapport de fin d’année : que toutes les plantes seront bientôt éclipsées par la rose ». Les fleurs à la mode en l’an 1845 étaient surtout, le Pélargonium, l’œillet, etc.... Mais dans son discours de clôture de l’Exposition Menoux disait : « Les roses vont bientôt briller dans un avenir très prochain et éclipser tout le reste, il faut savoir attendre ». Nous pouvons constater aujourd’hui, que le Président Menoux, était un véritable prophète. A partir de 1846, à chaque séance pendant la belle saison, les rosiéristes présentent des semis inédits. Deux expositions ont lieu chaque année à Lyon, une fin mai et une fin septembre. Elles durent trois jours pleins pour le public ; et je trouve dans l’ordre du jour de l’Exposition de mai 1846, le programme suivant : L’Exposition aura lieu au Palais des Arts, les 29, 30 et 31 mai 1846. Tous les lots devront être prêts et terminés le 28 à onze heures. Le jury fera ses opérations le 28, de deux heures à sept heures. Le lendemain 29, l’Exposition sera ouverte au public. (Pourtant quelques années plus tard, le jury passe le matin de l’inauguration). Le rapport de cette même Exposition signale que les « Roses de Semis » étaient belles et nombreuses, M Lacharme obtint le prix des semis inédits pour un hybride remontant, dont le rapport ne cite pas le nom, d’un très beau rouge et de huit à dix centimètres de diamètre. Mais en l’an de grâce 1846, il y avait déjà des méchantes langues, et certaines personnes ont prétendu après le passage du jury, que ce semis n’était pas remontant. Une commission fut aussitôt nommée, pour aller voir, chez l’obtenteur si cette rose était bien remontante. On arrêta la publication du rapport, jusqu’à plus ample informé. Comme il n’y avait pas de fleurs épanouies sur le pied du semis, la Commission rapporta au siège de la Société un rameau de trente centimètres, portant plusieurs boutons, qui fut mis dans l’eau sous bonne garde, pour voir « si ce rosier remontant, donne bien des fleurs semblables à celles exposées » ; ce qui fut d’ailleurs reconnu exact, à l’unanimité ; quand la rose fut épanouie, le rapport fut publié, et la récompense acquise. On ne plaisantait pas avec la « Remontance » en 1846 ! M. Lacharme présenta à l’Exposition, la magnifique « Rose d’Hyel ». Luizet et J-B Guillot père, et d’autres, avaient aussi de belles variétés, et furent à l’honneur dans le palmarès. Cette même année, à l’Exposition d’automne, les 25, 26 et 27 septembre 1846, le rapport signale une grande quantité de roses et de semis inédits. Nérard de Lyon-Vaise présentait sa rose fameuse « Géant des Batailles ». La Société d’Horticulture Pratique du Rhône avait une réunion tous les quinze jours et ses séances duraient de 14 à 19 heures ; souvent c’était l’heure tardive qui arrêtait les discutions de nos anciens collègues, mais non pas l’épuisement de l’ordre du jour, car il y avait toujours des lectures de rapports ; les compte-rendus des séances, tenaient huit à dix pages dans le bulletin de la Société, et à chaque Exposition, pendant la belle saison, il y a des apports multiples, des fruits, des pélargoniums, des œillets, etc. et des roses. L’année 1817 fut aussi une année très féconde pour la rose. A la séance du 5 juin, J-B Guillot père présente 13 espèces ou variétés de roses inédites, dont 8 panachées. Le 26 juin, Jobert, présente un multiflore, et en offre la dédicace au Président de la Société ; et le 28 août, il présente une quantité du « Multiflore Menoux ». C’était un grimpant rose vif, très vigoureux, donnant des pousses de trois à quatre mètres, et des grandes grappes de fleurs. Le 10 juillet 1847, Jean Beluze, est admis au sein de la Société : le 11 septembre, il présente des semis nouveaux ; des semis de Bourbon qui font sensation, entre-autres, la rose « Leweson Gower » un hybride de Bourbon rouge. Pellissier, rosiériste, rue de la Croix, peu connu aujourd’hui, était très remarqué avec ses roses inédites et ce 10 juillet, il présente deux roses sensationnelles « Victoire d’Austerlitz » et « Comtesse d’Emenon ». Luizet et Lacharme, exposent des semis, ainsi que Liabaud, Nérard ; mais malheureusement, la chronique de l’époque ne nous donne pas les noms des semis inédits présentés. Une grande exposition, en 1847 a lieu les 11, 12 et 13 juin, au Palais de Arts, à Lyon. Nous trouvons dans le palmarès les noms de tous les rosiéristes Lyonnais de l’époque : J-B Guillot, Nérard, Pellissier, Lacharme, Luizet, Ducher, Liabaud, Morel, Beluze et deux amateurs, le docteur Jobert et Fr. Wuillermoz, avocat. Les rapports de l’exposition sont enthousiastes sur la présentation des rosiéristes, et je cite un passage du discours du Président, le jour de l’inauguration : « Les nouvelles roses sont une révélation. Il y a bien des Pélargoniums, des fuchsias, des œillets ; mais aucune plante de ces genres, ne peut être comparée à la rose. La collection de J-B Guillot est considérable et savamment classée. Chaque espèce occupe une place marquée : les Hybrides, les Perpétuelles, les Thé, et plus loin, l’Ile-Bourbon, le Bengale et plusieurs autres espèces, toutes agréablement rangées, et toutes éclatantes de fraîcheur et de beauté. Que de grandeur et de magnificence, dans la rose ! Qu’ils doivent être fiers tous ces rosiéristes, d’avoir enrichi encore cette année, le domaine de cette Reine. Leurs admirables gains peuvent éclipser plus d’une beauté, et stimuler le zèle de leurs collègues. Les heures de ces rosiéristes passées au milieu des roses, doivent être douces... ». Le discours continue sur un ton lyrique et enthousiaste. Malheureusement, les noms des roses présentées ne sont pas portés dans le rapport. Devant cette émulation, les amateurs attendent avec impatience l’Exposition d’automne qui doit s’ouvrir à l’Hôtel de Ville, les 17, 18 et 19 septembre 1847. Nérard, Béluze, Morel, exposent des semis inédits que tout le monde apprécie avec admiration. Lacharme et J.-B. Guillot, ont le premier prix ex-aequo pour 25 espèces ou variétés de roses ; et Beluze, le premier prix pour 50 espèces ou variétés, en fleurs coupées. Je vois le rapport, lu en séance publique, le 11 juin 1849, par le Docteur Jobert, relatant les travaux de la Commission de visite, pour le mois de juin : bien que les transports soient moins faciles en 1849 qu’aujourd’hui, la Commission s’est déplacée très souvent. Le 1 juin 1849, la Commission s’est rendue chez François Lacharme, et dit le rapport, non sans chaleur, sans fatigue et sans déception, car le chef de l’établissement était absent. Le même jour, chez Poncet, pour voir de jolies rose de semis d’Ile-Bourbon, et encore chez Pellissier, où l’on admira « Rose Victoire d’Austerlitz » l’hybride « Madame Laffay » ; et cher Ducher, rue du Vivier. Le 5 juin, à Vaise, chez Nérard, pour examiner sur place, les roses de semis. Je vois en effet, dans la plupart des rapports, qu’à cette époque, lorsqu’on voulait juger un semis, l’obtenteur apportait ses roses, mais ce n’était pas suffisant ; la Commission se déplaçait le plus souvent pour aller voir sur place la plante. C’était une bonne méthode, et il faut reconnaître au temps où l’automobile était inconnue, les déplacements étaient beaucoup plus fréquents que maintenant. Nérard, leur présente quatre roses de semis. L’important rapport sur ces quatre variétés, les décrit avec beaucoup de détail. Le 7 juin, la Commission va chez Lagrange, à Oullins, pour examiner une rose de semis de Bourbon et qu’on appelle « Triomphe d’Oullins ». La Commission de visite n’arrête pas beaucoup ses travaux pendant la belle saison. Je retrouve des rapports du mois d’aout 1849 ; Lacharme avait demandé la Commission, pour revoir à nouveau, trois roses de semis qu’il avait exposé au mois de juin dernier, mais qui n’avait pu recevoir le prix qui leur était décerné, « parce que la Commission n’avait pu encore les voir sur pied la première fois ». Après l’exposition du mois de juin, le Commission s’était rendue chez Lacharme, rue de la Croix ; mais jouant de malchance, une seule variété était fleurie sur les trois ; et le rapport note : que la Commission aussi juste qu’impartiale ajourna son jugement et décida de revenir, et pria M. Lacharme, de les avertir quand ses roses seraient sur le point de fleurir ». Celles-ci étaient à point, le 1er septembre. Lacharme demande la Commission, qui se rend le 2 dans les pépinières du demandeur. Il faut constater une fois de plus, que nos collègues n’étaient pas longs à se réunir, malgré la difficulté des communications. Les visiteurs furent vivement surpris de voir non seulement les trois roses de semis en question, mais bien d’autres encore, de plus grand mérite. Le rapport décrit avec une grande quantité de détail, chaque semis remarqué chez Lacharme. J.-B. Guillot à la Guillotière, demande aussi la Commission de visite, pour voir ses semis sur pied ; et le même jour, en sortant de chez Guillot, la Commission va voir Ducher Claude, rue du Vivier, qui leur a montré des roses de semis de « Cent-Feuilles ». Mais tout ces déplacements de la Commission de visite, n’empêchaient pas les rosiéristes de faire des apports deux fois par mois, à la Société d’Horticulture. L’Exposition des Roses des 8, 9 et 10 juin 1849, avait été particulièrement brillante. Elle fut inaugurée dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, par M. Réveil, Maire de Lyon. Les Roses étaient de plus en plus belles, et de plus en plus nombreuses. Il y avait Nérard, Lacharme, Morel. Quatre-vingt variétés diverses de Roses, bien étiquetées et bien présentées, sont exposées par : Guillot, Lagrange, Beluze et Ducher ; et dans le rapport du 11 juin 1849 ; le Docteur Jobert, constate les grands progrès réalisés dans les Roses. Il exalte les premiers résultats de la fécondation. Il ne donne pas de détail sur la manière d’opérer ; mais je cite néanmoins, le passage de son rapport : « Ces fécondations étaient autrefois dues au hasard ; les vents et les insectes opéraient seuls la transmission des poussières fécondantes d’une plante à l’autre, et amenaient ainsi quelques créations nouvelles. Aujourd’hui la culture des fleurs a prit une plus grande extension. Les résultats sont plus nombreux ; mais l’horticulteur ne se contente pas de ces résultats, qui ne sont ni assez surs ni assez rapides. Il a voulu créer lui-même, et après avoir étudié et bien compris les secrets mystères de la nature, il a pensé qu’il pouvait opérer lui-même ces fécondations ; choisir ses sujets, transporter d’une plante à l’autre les poudres fécondantes, et, obtenir des créations plus sûres et plus belles ». Le Docteur Jobert, qui faisait ce rapport, avait prévu les étonnants progrès que la fécondation artificielle pouvait donner à la Rose, dans le siècle qui a suivi. A Lyon, les recherches ne devaient d’ailleurs jamais s’arrêter et de génération en génération, les Rosiéristes ont continué leurs recherches pour arriver aux belles obtentions actuelles. Une grande Exposition Quinquennale et générale, de la Société d’Horticulture Pratique du Rhône, est organisée les 12, 13, 14 et 15 septembre 1851, à Lyon, au Palais Saint Pierre. Les fleurs étaient à l’honneur à cette époque et les Expositions s’ouvraient avec une grande solennité. Le rapport de la séance solennelle du 15 septembre 1851 note : « La séance est ouverte sous la présidence de M. de la Coste, Commissaire du Gouvernement, Préfet du Rhône, ayant à ses cotés, M. le Général de Castellane, Commandant Supérieur de la 6ème Division Militaire ; les Généraux Duchaussoy et Millinet, M. Réveil, Maire de Lyon, et différente personnalités ; le corps de musique du 73ème Régiment de Ligne est là pour rehausser l’éclat de cette Exposition. De très nombreux et de très copieux discours sont prononcés... L’Exposition a été close le 15, à une heure de l’après-midi, alors que la séance solennelle était ouverte à trois heures. Le rapport ne donne pas les raisons de cet horaire, qui nous paraît un peu bizarre. De nombreux exposants sont venus ; tous les Rosiéristes de Lyon sont présents, et ont fait de belles présentations. Il est à remarquer, que les Nouveautés se vendaient à cette époque au même prix que maintenant ; c’est à dire : 20 francs la pièce. Nous trouvons plusieurs annonces présentant des nouveautés. Liabaud, entre-autres, annonce en septembre 1852, la Rose « Thérèse Raynaud »mise au commerce en novembre de la même année ; les pieds forts : 20 francs. C’est certainement l’un des rares articles, qui n’a pas changé de valeur depuis cette époque. En 1853, la Société d’Horticulture Pratique du Rhône devient Société Impériale d’Horticulture Pratique du Rhône. Son activité ne ralentit pas, la section qui s’occupe des Roses devient de plus en plus active ; la Commission de visite ne chôme pas. Chaque année, pendant la belle saison, nous retrouvons trace de ces visites dans les Annales de la Société. Ducher demande, en juin 1853, la Commission de visite, pour ses roses de semis. Il est vivement félicité. Pour la première fois, le Rosier « Gloire de Dijon » est présenté à Lyon, le 23 septembre 1854, à l’exposition, par MM. Groz et Gavauz, de Dijon, qui avaient apporté ces fleurs. Cette variété encore peu connue avait été mise au commerce en 1853, par Jacotot. Elle fit l’admiration de tous, amateurs et professionnels, et n’a pas céssé depuis d’être célèbre. Des centaines d’articles, depuis cette date, ont parlé de la Rose « Gloire de Dijon ». Charlet, horticulteur, rue du Vivier, à la Guillotière, à coté de Ducher, présente, le 10 juin 1854, une rose de semis remarquable. Immédiatement, une Commission de huit membres est nommée, pour aller voir ce semis sur pied. Nous voici en 1858, l’horticulture Lyonnaise est en deuil : Nérard, l’un de ses membres les plus influents, disparaît. Antoine Nérard était né en décembre 1794 ; son père était bon pépiniériste, et toute sa jeunesse fut consacrée à profiter des leçons paternelles. Aussi était-il observateur persévérant et d’une rare perspicacité dans ses essais de culture. Cependant, depuis une dernière maladie que lui causa le chagrin d’avoir perdu sa jeune femme, laissant cinq enfants, sa santé fut altérée. « Je vois bien que je ne suis plus jeune, disait-il tristement... » On eût dit qu’il prévoyait sa fin prochaine. Ses succès, dans la culture des Rosiers remontants, furent importants. Le premier, il fit venir de Paris, « l’Ile-Bourbon Jacques », espèce nouvellement importée. Il en obtint des graines qu’il sema : et, parmi les jeunes plantes qui réussirent, fut une variété à fleur large, carnée, presque pleine, qu’il nomma « Madame Nérard ». Cette nouvelle variété très féconde donna naissance à un grand nombre d’autres variétés, qui furent admirées et propagées par toute la France. Enfin, il obtint le « Géant des Batailles » qu’il eut pu à bon droit nommer son triomphe, car les nombreuses variétés issues de cet Hybride devenu type, ne l’ont pas encore surpassé en mérites. M.Nérard était arrivé, par ses semis successifs, à une grande renommée. Il a laissé cinq orphelins, qui ne peuvent continuer à gérer le vaste Etablissement qu’il leur a laissé. L’établissement de Nérard devait malheureusement disparaître. La vie syndicale de nos anciens collègues ne se ralentissait jamais, ils ne perdaient pas une occasion de se réunir, et la Saint-Fiacre était dignement célébrée. En 1860, ce fut une grande fête. La Société des Horticulteurs et Rosiéristes Lyonnais a célébré sa fête patronale le 30 août 1860 avec entrain. Les Sociétaires réunis en grand nombre au domicile du Président, à Monplaisir (Guillotière), sont partis de là, pour se rendre à l’église de Saint-Nizier (Lyon), où devait se célébrer le service divin. Ils ont déposé au milieu de la grande nef les trophées de fleurs et de fruits qu’ils avaient apportés, œuvre de patience et d’art, que la foule a admiré sur leur passage. Dans la soirée, un banquet d’environ quatre-vingt couverts, a eu lieu au jardin de Flore (Brotteaux ), dans les vastes et beaux salons de M. Pujol. Le Président de la Société a adressé à l’assemblée une allocution et terminé par un toast à l’Empereur et à la Famille Impériale. Les Sociétaires décédés n’ont point été oubliés. Le lendemain, a été célébré en leur mémoire, un service funèbre auquel chacun s’est fait un devoir d’assister. Les Amis des Roses N° 200
Publié le mercredi 11 juillet 2007
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